BLANC (Jeanne-Yves. Jeanne Burgues-Brun dite).…

Lot 37
4 000 - 6 000 €
Résultat: 6 500 €

BLANC (Jeanne-Yves. Jeanne Burgues-Brun dite).…

BLANC (Jeanne-Yves. Jeanne Burgues-Brun dite). Réunion de 7 poëmes et 31 lettres ou cartes postales autographes, signées souvent des
initiales à Guillaume aPollinaire 1915-1918 ; env. 147 pages in-4, in-8 ou in-12, la plupart sur papier deuil ; quelques adresses.
Tandis que Marthe Roux poursuit son harcèlement épistolaire, Apollinaire engage pendant la guerre même une relation qui restera purement
littéraire et amicale avec une jeune Montpelliéraine Jeanne Burgues-Brun, dont le nom de plume est d’abord Yves Blanc, avant de se féminiser,
sur le conseil d’Apollinaire, en Jeanne-Yves Blanc. L’histoire est bien connue de la naissance de cet échange épistolaire suscité par un ami
commun, le chartiste Émile Léonard, en garnison à Nîmes, à l’automne 1914, en même temps qu’Apollinaire. On sait moins que le dialogue entre
le poëte et sa marraine de guerre ne s’en tint pas, selon le voeu de celle-ci aux seules préoccupations littéraires. Apollinaire ne se contentant pas en
effet de saluer courtoisement les qualités d’esprit et le talent poëtique de sa correspondante mais tentant, sous le masque de Chérubin, d’amener
sa “ petite marraine ” à se décrire, à préciser ce “ profil incertain ”. Calmement, mais fermement Jeanne-Yves Blanc ramène le dialogue du côté de
la littérature et ses lettres sont, de ce point de vue, d’une grande habilité et d’une rare finesse, car si elle refuse naturellement de donner le moindre
gage à Chérubin, elle n’en demeure pas moins fascinée par l’intelligence de celui qu’elle appelle sans moquerie, son “ maître en littérature ” et
on sent bien que pour rien au monde elle ne voudrait interrompre cet échange.
Les poëmes adressés à Apollinaire sont “ Renouveau ” “ Ton âme bucolique, Avril, tu l’éparpilles // Dans les iris brodand leurs festons, sous
nos pas… ” – “ Astrée ” “ Il n’est plus le vieux temps où la noble bergère // Mirait son fin visage au flot clair du Lignon ”. – “ L’Escadrille des
Rêves ” – “ L’Épopée sentimentale ” “ Juillet 1910 ”. – “ Stances ” – “ Sur le casque qui sauva du trépas par une balle boche le Porte-Lyre
Guillaume Apollinaire ”. Montpellier, 3/4.16 “ Tout simple en attendant que le temps l’appareille // Aux casques de jadis… Or il comprit, le
bon petit casque féal, // Que son devoir était de garder de tout mal // Celui dont Apollon, laura la chère tête // sans quêter de loyer à son beau
dévouement // Voyant la mort venir, humble héros fervent, // Il se laissa percer pour sauver un poëte ”.
Les lettres de la “ marraine ” où elle analyse très finement le “ personnage ” et l’oeuvre de ce dernier.
1915. “ 5.1 … que mes voeux vous protégeront, vous et tous nos soldats. Vous allez allonger le geste de vaillance. Des héros polonais au sol de
nos aïeux. Recevez, en partant pour les sorts hasardeux. Le quatrain espérant d’une femme de France ”. –“ C’est un vrai régal que de recevoir
des vers d’un vrai poëte et ceux-ci empruntent un attrait de plus – si possible – à ce fait qu’ils viennent du front. Vous dites que mon quatrain
(cité avant) vs a gardé de tt mal et de tte blessure… et je me refuse à croire en le regrettant – que de pauvres vers baclés en hâte aient le charme
d’un talisman… J’aime infiniment vos vers. J’y ai même trouvé qq. analogie avec certains de ceux du mort que je pleure le + – et à toujours – mon
père. C’était une âme rare et je l’adorais, puis confessons la petite vanité, il est évidemment flatteur de connaître un peu un homme célèbre, car
vs l’êtes, Monsieur, et que je vs connaissais bien avant que mon ami Mr Léonard m’ait si élogieusement parlé de vous ”. – “ J’ai sérieusement
hésité à vs répondre : En ce temps où sévit une littérature de “ marraines ” et de “ poilus ” je me suis demandé si notre correspondance
affecterait cette allure dont les journaux, en regorgeant, découragent… Quand à me peindre, c’est une bien grande entreprise et au dessus de
mon courage. Qq. jour je tâcherai de vs dire ce que je pense de moi ms de vs même. Je sais bien peu aussi. Vs êtes un homme connu, un poëte
charmant, un Polonais de race, de la belle race qui croit encore à l’idéal et qui a jugé naturel ayant joui de l’accueil notre France de s’aller battre
pr elle et de se sacrer vraiment son fils d’adoption, unissant en un même amour ses 2 patries…M’enverrez-vous vos vers ? ms, surtt mandez moi
si les marmites vs laissent en paix, et quelle est votre âme en cette vie de tragiques aventures ”. – “ Je veux bien croire, Cher Monsieur, que vs
avez de l’orgueil, il pointe dans votre lettre… Il est vrai que je connais mal votre oeuvre : je l’aurais lue sous 8 jours et surtt, j’espère vs entendre
me l’illustrer, n’est-ce pas ?… après la guerre. Ne calomniez pas vos lettres, elles st délicieuses et me causent une joie rare parce que j’y trouve
bcp de traits que je goûte… Je réponds un peu de moi : Plus une très jeune femme, non plus, la 27e année sonne… J’ai tjs peur de passer pour
une Corinne. Une vie de petite bourgeoise rangée avec cependant, au coeur, qq. coquetterie, ms bcp de franchise. En littérature aussi, je crois que
“ j’ai qq. chose là… oh ! pas du génie, un petit talent en demi-suites ; vas je sais que l’on réussit malaisément en province et sans gros appuis.
Alors je continue à cueillir q.q. roses au jardin joli, pour moi et pour de rares amis. Voulez-vous en être ? Et vs m’expliquerez votre système
poëtique, dites ! Si j’allais devenir votre disciple ” – “ Doucement, doucement, mon poëte, il me semble que votre imagination vole bien vite. Il
est vrai que vs avez l’excuse de la griserie d’un soir de bataille, où botté, éperonné, et prêt au boute-selle, vs griffonnez sur un chiffon de papier
héroïque… ne craignez-vous pas d’être imprudent ? Et si c’était d’un affreux laideron que vs baisiez la main à genoux ? Pour vs faire tomber de
l’Empyrée, je dois vs dire que je n’ai ni le profil ni les gerbes de lis de la Princesse lointaine, si j’ai le prénom de la Pucelle d’Orléans. Mais oui,
mais oui c’est Madame qu’il faut dire, madame depuis 6 ans bientôt ; je suis la femme d’un médecin, actuellement aide-major et la mère d’un
délicieux petit garçon de 3 ans qui sera un poëte… Je suis plutôt grande que petite et plutôt brune que blonde… Ne dites pas de mal de Tristan…
“ Le promenoir de deux amants ” entre autre, est bien joli. J’avais déjà commandé “ Alcools ” ; j’aurai aussi “ Hérésiarque et Cie ” et je vais
chercher les “ Soirées de Paris ” en question. –“ Laissez-moi vous parler du n° Juillet 1914 des Soirées de Paris qui m’a fort occupée tte la
semaine. Votre formule et ses productions m’ont paru ingénieuses, jolies, précieuses, mais je crains qu’il y ait q.q. chose d’un peut trop subtil et
ténu et que vs n’y rétrécissiez des qualités plus grandes et plus sûres. Ne voyez point là une critique, ms l’opinion bien franche de quelqu’un qui
vs apprécie assez, pr oser se permettre une hardiesse très amicale… Je vs supplie de croire que je ne ressemble pas du tt à cet assemblage de
tuyaux de poëles qui est qualifié “ Femme ds un fauteuil, pas plus que vs, je l’espère – pr Mme de Kostrowitsky du moins – ne devez être semblable
à un monstre hybride qu’a bien voulu rêver l’imagination fantastique de Mr Fernand Léger ”. – “ J’ai acheté “ Alcools ”. Il convient d’abord
que je refasse mon inlassable restriction sur la poësie libérée, je vs en demande gentiment pardon… Il y a des choses puissantes et charmantes,
un peu partout, singulièrement ds cette manière de préface qui m’a appris un peu de vous, et fait pressentir davantage… la romance des mal-
aimé, et les chansons par les sirènes. Il y a q.q. chose de douloureux et d’inachevé ds l’envol de vos rêves que j’ai goûté profondément, vs avez
alors la force presque brutale de reprendre pied ds la vie banale et vraie, aux mots et aux gestes crus. Votre poësie me donne absolument cette
impression de contraste humain. Ah ! Je vais vs dire qq. chose que j’aime, que j’aime infiniment, que je sais “ par coeur ” depuis la 1ère lecture.
J’ai cueilli ce brin de bruyère // L’automne est morte souviens-t-en…Pr mon livre, il en sera non comme je voudrai, ms comme je pourrai… un
roman de reconstitution, attrayant pr les seuls lettré et signé d’un nom inconnu pr rien, vs entendez bien ? J’eus une jolie presse… Rachilde, Paul
Reboux, Paul Abrans, etc et sans oublier André Billy qui est de vos amis à ce que je vois ds Alcools… et je suis paresseuse à la rage, paresseuse
avec volupté… Je n’ai jamais vu les hommes souffrir que pr des femmes qui n’en valaient pas la peine… Je suis fière de mon rôle de “ marraine ”…
Envoyez-moi des vers, de beaux, de vrais, comme “ l’Adieu ” – “ Mon cher filleul, il faut que je vs gronde, vs êtes qq. peu impertinent et Chérubin
a moins de désinvolture pr chanter la romance à Madame… Vs avez raison qd vs supposez que je n’ai point de préjugés, c’est exact pr les autres,
ms j’en ai pr moi… et beaucoup. Je sais bien que cette correspondance peut démentir cela ; mon Dieu. Je l’ai commencée avec un vif attrait
littéraire… et de vrai, je persévère parce que je suis touchée par le charme qui se dégage de vos lettres et la personnalité intéressante qui s’y
révèle… Et maintenant, mon ami, que je vs ai amicalement rappelé à la raison, laissez-moi vs dire que j’aime vos vers infiniment, et qu’il me
plaît bcq que vs soyez “ le bleu soldat du rêve ”… pr votre “ Hérésiarque ” je vais l’avoir. Croyez vs que je l’aimerai mieux qu’Alcools ? Ms,
sûrement, ce que je goûte le +, ce sont les vers écrits pour moi. Il en va de même de “ ma beauté ”. Non je décline, ms on dit – et je pense pouvoir
reconnaître que je suis une assez jolie femme ”. – “ J’ai bien compris votre théorie des vers libres. C’est donc au nom de ma liberté que je
continue à m’asservir aux règles classico-romantiques qui, loin de me gêner, moulent ma pensée… Laissez-moi vs détromper au surplus : mes +
et mes – mes abréviations st une vieille habitude scolaire et ne visaient qu’à la rapidité… Vs avez parfois besoin, que, comme d’un coup
d’éventail gentil, on vs tape un peu sur les doigts. En compensation voici les mains à baiser, ô mon bleu soldat d’un rêve ! ”. –“J’imagine
aisément une chose, c’est que M. mon filleul est, à toutes les actions de la vie autoritaire et violent, et, singulièrement en amour jaloux. Je ne crois
pas qu’il aura l’audace de se disculper de ces assertions tendancieuses !… la 2° lettre… elle est + adoucie sauf qu’on m’y “ blague ” encore un peu et que l’on me refuse le droit à l’électricité, ms elle me rappelle gentiment que l’on est sous les canons ennemis et que l’on songe cependant
à cueillir pour moi des fleurs poëtiques. J’en goûte la grâce ingénieuse encore que je sois profane, ms qui sait ?… Et puis je veux que vous me
signiez vos livres qui me seront infiniment + précieux ainsi. Car je suis en train de lire l’Hérésiarque à petits coups, comme vs êtes très érudit j’y
trouve un talent condensé très fort, très audacieux et très personnel, avec une ironie puissante et libre de large esprit. Je ne regrette pas de vs
avoir appelé “ maître en littérature ” et cela n’avait rien de conventionnel comme expression… Chaque fois que l’on m’a dit que l’on m’aimait
je me suis efforcée de ne le point croire pr ne pas risquer de créer de la douleur, mais heureusement que je suis assez modeste pr ne pas supposer
que je suis capable d’exercer bien des ravages ? Voici des vers en échange des vôtres… Et sachez que je pense à vous, mon grand ami, bien
souvent et bien affectueusement ”. – “ Je lis à l’instant dans un journal que vs êtes temporairement affecté au 96e d’Infanterie. Il est évident que
cet honneur périlleux vs échoie sur votre demande… Le 96e est le régiment de Béziers… Songez que Montpellier en est proche ”. –“ Le petit mot
que je reçois ce matin – encore qu’il ne soit qu’un petit bout de carte couleur horizon – était impatiemment attendu et a été accueilli avec un
plaisir sensible. J’avais un peu peur que vs ne partiez pr la Serbie, ville… que j’avoue souhaiter assez peu aux gens qui m’intéressent. Ms non,
je n’ai jamais dit “ que vs m’agaciez avec des déclarations ”. Mais, mon ami, pourquoi seriez-vous amoureux de moi, puisque vs ne me
connaissez pas ? Et je n’imagine guère l’auteur de “ L’Hérésiarque et Cie ” se muant en Geoffroy Rudel… Parlons donc de l’Hérésiarque. Je l’ai
fini et je vs veux dire ce que je me figure de vs d’après lui je puis et je dois me tromper parce que le jeu est périlleux et incertain ms c’est vs qui
m’avez ouvert la carrière (En passant pourquoi diable Montveriane aurait-elle une gde bouche ?). Donc, je vs imagine, grand fort, plutôt brun,
la bouche un peu charnue, au sourire sensuel et ironique que j’appareille à vos yeux “ sombres et jaloux ”, très sensuel ayant ce sens de la vie
réelle que donne une bonne santé – avec cela bcp de rêves, de désirs affinés presque maladifs – des délicatesses féminines contrastant avec de
quasi brutalités. Bcp d’esprit critique – Une irréligion amusée au service de quoi vs mettez votre tranquille et parfois montrais votre
correspondance à q.q. uns)… Quel amas de choses horribles ns voyons ds cette époque où il aurait pu faire si bon vivre. Ici, ns avons un temps
radieux, couronné de bleu léger et casqué d’un soileil clair…Vraiment, c’est un remords de goûter cette douceur qd on songe à vous tous, que
là-bas, encerclent la mort et le brouillard. Je vs remercie des corrections qu’il faut apporter à l’Hérésiarque, je m’y conformerai strictement et
en tte piété. Je suis contente que vous avez changé mes opinions fausses sur votre personne + contente encore si vs répondez à ma demande par
une bonne rageuse – irrévérence c’est q.q. fois pourtant, me semble-t-il (et je me fonde là sur q.q. lg d’“ Alcools ”, le blasphème douloureux de
qui a cru, jadis, et voudrait un instant retrouver cette douceur traditionnelle. Et puis vs êtes très artiste, ds votre vie, comme ds vos oeuvres, très
dilettante même, envieux de la sensation rare, ds l’une du détail frappant ds les autres. Ai-je dit trop “ d’hérésies ” mon ami ?… Et envoyez-moi
votre photographie pr préciser le flou de mes déductions. Vs êtes un homme célèbre, cela est tt naturel. J. song. q.q. fois – Quoique “ la petite
bête aie la vie dure ” d’écrire pr enfermer poëmes et romans ds une fosse aux ours dt on désespère de les voir sortir jamais. Et les journaux
locaux, – est-ce un orgueil mal placé ? – ne me tentent pas trop… Si vous saviez mon soldat de rêve comme votre correspondance a pris
d’importance ds ma vie comme elle y a mis un intérêt poëtique et affectueux et comme j’y tiens et si, vraiment vs y tenez aussi (vs le disiez jadis,
ms n’était-ce point du marivaudage). J’en suis bien contente…Et vs savez que j’attends tjrs votre photo, ms si vs ne voulez point, je m’en passe
et j’aime, après tt, que “ vs vs azuriez ” Pour me rejoindre, + subtil. Cela change. 1° des gens idiots –il y en a ! – 2° des flirts ordinaires. Et vs
n’êtes point un homme ordinaire, je ne dis point cela en rude coup d’encensoir, sur le nez, ms parce qu’il me semble vraiment que le vs que je
crois connaître par intuition est encore + intéressant que l’auteur de “ L’Hérésiarque ”. Mes mains à baiser ”. –“ Vous êtes mon filleul réellement
un peu ombrageux. Où avez-vs pris, de grâce, que je montrais votre correspondance à q.q. uns ! Montveriane n’est pas laide, quoique pas d’une
beauté rare, elle a un ovale assez pur, le profil latin, et je crois en l’entendant dire, que, ce qu’elle a surtt d’agréable c’est l’expression très mobile
de sa physionomie et son regard qui a q.q. douceur seulement vs savez, elle a un peu mauvais caractère, ms elle est loyale et fort attachée à ses
amis. Si vs avez un moment, écrivez un peu + qu’une carte ; ms surtt qd vs sortez des tranchées songez tjs à envoyer un mot pr que l’on vs sente
vivant ”. – “ Le devoir le + élémentaire de tte marraine bien apprise est, à Noël, d’envoyer des bonbons à son filleul. Il ne me déplairait point,
au surplus, que vs fussiez un peu gourmand, c’est un défaut de + que c’est d’avoir les mêmes défauts, + que les mêmes qualités, qui réunit. La
boîte qui contient les fruits fourrés n’a rien d’esthétique, ms c’est la boîte classique du 1er de l’an ds notre province où on l’appelle “ massepain ”…
Ms comme mon filleul est un peu gd pr recevoir que des bonbons, voici des cigares qui ne st point romanesques, et q.q. unes de mes cigarettes
favorites… Si cela ne vous ennuie pas envoyer moi un mot chaque fois que vs sortez des tranchées pr me rassurer sur votre sort. - “ Qu’êtes vs
devenu, mon cher ami ? Existez-vs encore ? Et si oui, qu’ai-je donc dit ou fait qui me vaut la dure punition de votre silence ”? - 1er Avril 1916 :
“ Certes, je ferai un poëme pr votre casque qui a immolé sa belle surface bleu Joffre pour sauver une tête précieuse à bien des titres, pour
conserver un beau défenseur à la France, un grand talent aux lettres et son soldat de rêve à la petite marraine recueillie, ms pr aujourd’hui,
l’émotion rétrospective m’empêche de chercher des rimes…Dites-moi vite comment vs fûtes blessé, si votre guérison est proche – et donc proche
votre venue. Je me réjouis de voir bientôt peut-être mon illustre et cher filleul et, en attendant j’espère que ses missions (longues comme du temps
de l’artillerie vont m’exhorter à la patience, ms je vois d’ici encore faible et dolent comme vous avez besoin d’un secrétaire. Votre infirmière
est-elle jolie ? ”… – “ L’Écho de Paris annonce votre blessure. Puisse-t-il ajouter bientôt une note de votre heureuse guérison ? ”. – “ J’ai cueilli
un brin de bruyère (joint) que je vs envoie. Inutile de dire qu’il n’a point la signification douloureuse de l’“ Adieu ”…Votre pauvre billet si
touchant me parvient. Merci d’avoir pensé à moi, et merci d’avoir fait l’effort douloureux de me le prouver. Je suis contente que vs soyiez à Paris.
D’abord le “ nombril du monde ” a une atmosphère réconfortante pr les esprits d’art et de lettres et, sûrement des chirurgiens meilleurs qu’à
Château-Thierry !… En ts cas, laissez-vous soigner comme un poupon, soyez bien sage, bien sage, bien docile, bien résigné (oh ! les horribles
vertus !)…envoyez-moi de temps en temps un petit bulletin de santé par n’importe quelle main ”. – “ J’aimerais bien savoir où vs en êtes, s’il est
question pr vs d’opération de trépanation ”. – “ Il faut que vs sachiez que votre marraine est une petite sotte très ombrageuse et très renfermée
sous ses dehors méridionaux, et qu’elle est incapable d’avoir l’air même de s’imposer au souvenir qd on ne lui répond pas ”. – “ Vous êtes,
Monsieur mon ami, un être charmant. Vous avez l’art du compliment qui touche d’autant plus que vs le décochez sans aucune afféterie et avec
une belle simplicité qu’il est bien difficile de ne pas le croire sincère ”. – “ Et puis, j’ai reçu le livre, et c’est autrement important. Vite, un gd
merci qui vs dira l’extase à démailloter de ses langes de papier le nouveau-né, déjà glorieux. Il en jaillait “ le poëte assassiné ” bleu de rêve et
souillé d’un sang pur dont un casque féal ne l’a point préservé. Arrivons à la dédicace, elle est charmante - trop, vs êtes un flatteur et je sais très
bien, que je n’ai point droit à votre admiration, ms ces termes-là et encore ceux des madrigaux – ils font plaisir –, même qd on n’y croit pas. Ns
voici maintenant à l’oeuvre même. Je viens de la finir à l’instant. J’avoue que j’ai eu tt d’abord une petite déception, car j’y pensais trouver le
récit de votre belle aventure de guerre, ms, somme toute, on ne peut le regretter, puisque ns aurons un autre livre où ce sera la bale boche qui
assassinera à nouveau le poëte… Savez vs… que je suis très fière d’être votre marraine et que je me convainc chaque jour davantage que votre
talent est l’un des + copieux et des + robustes de l’époque ? Et comme vs possédez jusqu’à l’impertinence l’art de vs gausser de votre public et,
comme on dit trivialement de “ vs payer notre tête”. Vs savez aussi la “ recette ” de faire vibrer nos nerfs de la manière la plus imprévue et la +
variée, par moments, vs me choquez avec votre recherche du détail bas ou gaulois ! Je confesse que je vs en veux un peu… vs reconnaîtrez là
votre Précieuse l’instant d’après vs me charmez avec votre poësie vraie, profonde qui caresse l’âme, comme vs savez bien faire parler les sources
et que vs avez bien compris notre Provence que j’aime et dt j’ai cru, moi aussi, trouver un jour le coeur divers, impérieux, et tendre au bord de la
fontaine de Vaucluse et ds les “ baumes ” du Lubéron ! Vos plaisanteries sur les récentes écoles poëtiques m’ont divertie extrêmement, votre vers
en iii… qui est un plagiat de Francis Jammes est une trouvaille, décidemment, vs avez beau protester, même à votre corps défendant, vs êtes un
classique !!! Une question où avez vs connu M. Chadourne ?… J’aime SteAdorata je la placerai volontiers dans la légende dorée auprès de ce
Sérénus dt Lemaitre ns conta si agréablement l’histoire ”. – “ Vs dites que jamais les femmes n’ont tant voyagé que depuis la guerre… Figurez-
vous que j’ai cru vs voir l’autre jour au cinéma. N’avez vs point été pris derrière votre infirmière Mme l’ex-ambassadrice Tittoni, comme dit l’OEuvre à la remise de sa décoration ? Et votre nouveau livre, dont certains chapitres seront dédiés à Émile G. Léonard où en est-il ?… Je viens
de lire “ Le Feu ” de Barbusse. C’est une bien belle chose. J’y ai roulé et délecté à l’aise mon pessimisme et mon horreur de la douleur humaine…
Je vs écris en face d’une armoire à glace de fortune et j’ai tt à fait l’air de faire ma petite Mme de Sévigné, me mirant en vs écrivant. Ce serait le
moment de vs adresser mon portrait genre gd siècle : Montvériane a le teint brun, les cheveux noirs, la taille déliée. Ses yeux sont peut-être
propres à donner de l’amour aux plus insensibles, ms elle ne feint pas à vouloir étendre ses conquêtes, et son âme naturellement modeste ne la
pousse point à…etc. Ms cela n’eut été bon qu’au fond de votre tranchée et depuis que le soldat de rêve casqué d’azur est redevenu un Prince des
lettres, il m’intimide bien trop pr que j’ose lui parler de moi… Ms vs, j’imagine que ce doit être un charme à vos yeux s’il est vrai que “ René ”
est une application du Marquis de Sade. C’est égal, vs avez beau dire moi tt au contraire de Martine, je n’aime point être battue et je ne sais
même pas si mon Romantisme va jusqu’au “ goût des larmes ”. On s’en passerait le + souvent ”. - “ Me revoici au bercail… j’y trouve de vos
nouvelles par le “ Mercure ”, par “ Le Temps ”, par “ Le Cri de Paris ” ; avantages d’avoir un filleul célèbre… il est vrai qu’il y a aussi
l’inconvénient de n’en avoir point souvent d’autographes et de personnes ”. – “ Mon filleul, mon filleul je crois que vs me délaissez…Cpdt comme
vs n’êtes pas un flirt du tout, n’est-ce pas, mon filleul ? J’imagine que l’amitié est régie par d’autres lois et qu’il convient de ne pas y appliquer
le même code… Je viens tout gentiment vous demander des nouvelles de votre pauvre tête, de votre gloire, de votre coeur, et de votre livre… Je
viens de lire encore un compte-rendu du “ Poëte assassiné ”. Et, pr moi, ressuscitera-t-il mon poëte ?… J’ai lu “ L’Enfer ” de Barbusse si ce
livre touffus et violent est vrai, savez vs que ce serait joliment décourageant de vivre ? C’est tt de même drôle : en somme, ns ne ns connaissons
aucunement. Peut-être que, si ns ns voyions ns ns déplairions infiniment ; j’ai votre photo. Vs m’avez demandé la mienne et je ne vs l’ai point
envoyée, pourtant l’envie ne m’en manquait pas ”. – “ S’il est fâcheux de penser que longtemps encore vs vs ressentirez de votre blessure, il est
vrai, en revanche, infiniment agréable de vs savoir entièrement hors de danger. Merci aussi de votre photo, je suis très contente de l’avoir. Il me
semble que notre amitié s’est un peu précisée, un peu concrétisée depuis que le bleu soldat a quitté son lointain de rêve pr le cadre d’un atelier
parisien…Et vous, pdt ce temps, vs vs faites photographier en vareuse anglaise devant des toiles que je suppose de valeur, encore que je n’en
puisse nullement juger par la minuscule reproduction que j’en possède. Heureux homme ! ”.
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